Prélèvement à la source

Prélèvement à la source

 

Le premier mot

Depuis janvier 2019, cette expression a pris un sens nouveau dans la tête, ou plutôt devrait-on dire, dans le porte-monnaie des Français.

Fruit d’une bataille vieille de quatre-vingts ans, c’est François Hollande qui décide de la mise en place de ce système d’imposition et Emmanuel Macron qui en hérite. Depuis, il a largement fait l’actualité, tant sur son instauration effective, que sur ses répercussions tout au long de cette année couperet.

Mot pour mot

Mais que désigne ce mot ? Le prélèvement à la source est le recouvrement de l’impôt sur la base de l’année en cours, supprimant le traditionnel décalage d’une année, entre perception et paiement. Un principe déjà répandu dans la plupart des pays pratiquant la taxation des revenus, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays- Bas ou encore le Luxembourg.

Mot à mot 

Simple, nous direz-vous ? Pas si sûr. Levons le voile sur son passé. Praelevare signifie littéralement : « lever d’abord ». Composé de prae, d’abord, avant, qui a donné « pré », et levare, lever. Ainsi le verbe signifiait « lever avant » dès l’origine… ou disons plutôt… à la source du mot !

Alors pourquoi y ajouter les termes : « à la source », si son étymologie y renvoie déjà ? Tout simplement parce qu’avec le temps, le verbe a pris la signification de lever, soit prendre une partie d’un ensemble, d’un tout. Et si l’on revient à levare en latin, le verbe est un dérivé de levis, c’est-à-dire léger, d’où l’utilisation du sens figuré soulager ou alléger.

Bref, avec la mise en place du prélèvement à la source, l’État nous propose finalement de soulager notre porte-monnaie ! Altruiste me direz-vous ? Tout porte à croire que non…

Le fin mot de l’histoire

Si l’on fait l’exercice inverse, à savoir, traduire en latin le mot « prélèvement », on obtient praecipere : « lever préalablement une portion sur le total ».

Or qu’a donné ce mot en français ? Le verbe précipiter. Celui-ci connaît plusieurs acceptations en fonction de leur contexte : abaisser, faire déchoir, presser, accélérer, ou encore… jeter du haut d’un lieu élevé.

Destin funeste pour ce mot donc !

Ainsi, qu’il soit de sang ou bien de sous, qu’il soit de tissus ou d’intérêts, le prélèvement reste un acte précis, technique, qui à défaut de nous mener au précipice, aura toujours la même finalité, prendre un peu de nous.

Le mot de la fin

Bien connue du grand public depuis son instauration cette année, la mise en place du prélèvement à la source n’en est pourtant pas à son galop d’essai. En effet, ce projet ancien a connu une première expérimentation en 1939 sous le nom de stoppage à la source.

En pleine crise économique, l’État réfléchit à un moyen de renflouer ses caisses… Seuls 15 % des foyers paient alors l’impôt créé en 1914. La retenue à la source, impôt proportionnel reposant sur l’ensemble des rémunérations est donc mise en place par décret le 10 novembre 1939, aux premiers jours de la guerre. Prélevé par les employeurs, l’argent est reversé à l’État tous les 15 jours.

Coup de théâtre : en octobre 1949, face à l’inflation des lendemains de guerre, le stoppage à la source est tout simplement… stoppé. Ce sera le mot de la fin.

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