Masque

Masque

Face à l’épidémie, le masque semble devenu la solution miracle du déconfinement. Comment réaliser ses propres masques, où s’en procurer, doivent-ils être donnés par les mairies, les entreprises et surtout quand et où les porter ? Autant de questions qui animent et enveniment le débat public. Alors, principe de précaution ou preuve scientifique ?

Le premier mot 

Le mot masque est un emprunt de l’italien maschera qui signifie « faux visage » qui repose sur le radical maska, « noir ». Cette racine se retrouve dans le mot mascara (tache noire, salissure). Maska peut également se traduire par « sorcière, spectre ou démon ».  Les plus anciens déguisements italiens consistaient à se noircir le visage ou le corps, d’où le mot mascarade (spectacle en travesti qui alternait danses et récitations de vers). C’est un mot ambigu, car il cache le visage, mais il en crée également un autre. Par métonymie, il désigne la personne qui porte un masque et l’objet en lui-même qui dissimule le visage. Par analogie et au fur et à mesure, il prendra le sens de protection, en escrime par exemple.

Mot à mot

En latin, c’est le mot persona qui désigne le masque de théâtre puis le personnage joué par l’acteur. En prononçant ce mot persona, un Latin entendait un groupe de syllabes qui signifiait « sonorité », « résonance ». De surcroît, le masque était un résonateur, un amplificateur, persona apparaissait comme un terme imagé, descriptif et même expressif.

Le terme a ensuite évolué pour prendre une dimension sociale, le masque est celui que tout individu porte pour répondre aux exigences de la vie en société.  Nous jouons un rôle social, nous faisons bonne figure face une situation, nous nous construisons un visage pour rempart… Le masque/persona, recouvre également une dimension psychologique, entre ombre et lumière.

À mots couverts

En Afrique, pour les ethnies qui pratiquent les danses masquées, le masque est constitué de la totalité du costume, tout ce qui cache le corps, le déforme, le pare, le rend sonore, la danse elle-même, et les musiques qui l’accompagnent. De plus, le masque est véritablement ce qu’il incarne : l’ancêtre, les esprits, les forces de la nature… Donc même lorsqu’ils ne dansent pas, les masques sont traités comme des êtres vivants. Ayant rarement des formes et dimensions réalistes, ils servent à s’éloigner de l’humain, non à le représenter. Ainsi, la fonction fondamentale du masque est celle du maintien de l’ordre dans tous les domaines, les masques incarnent les dieux et sont les dépositaires de leur autorité, assurant l’ordre de la société traditionnelle africaine.

Le fin mot de l’histoire

L’individu avance de plus en plus masqué dans notre société contemporaine, il porte une capuche, une cagoule et intervient sur les écrans de télévision, flouté et la voix transformée. Au même titre que l’on se cache derrière des pseudonymes sur les réseaux sociaux pour conserver son anonymat, on se cache de plus en plus, donnant presque une dimension politique au visage. Devenu un être indifférenciable, on s’affirme dans un collectif anonyme et radical, ce qui empêche tout processus d’identification. Depuis le 20 juin 2009, il est interdit de se masquer dans le cadre de manifestations. Or, les institutions policières et judiciaires peinent à trouver les formes pour transcrire dans le droit, des situations qui compliquent toute identité biométrique et toute responsabilité individuelle. L’être masqué apparaît comme étranger à celles et ceux qui n’ont déjà dissimulé leur face.

A l’avenir, allons-nous assister à nos premières manifestations masquées autorisées ? Allons-nous voir défiler des black blocs munis de masques chirurgicaux ? « Fous ton masque et retire ta cagoule ! » semblent être désormais les mots d’ordre pour tous.

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