Laïcité

Laïcité

Le premier mot 

Vendredi 16 octobre, Samuel Paty est sauvagement assassiné pour avoir dispensé un cours sur la liberté d’expression. Le principe de laïcité avait été présenté comme un marqueur fort du Ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, afin de garantir la délivrance d’un même savoir à tous les élèves, quelles que soient leur religion et leur croyance. Refus de laisser les jeunes filles aller à la piscine, refus d’étudier le temps des cathédrales ou refus d’un élève de s’adresser à un professeur de sexe féminin…nombreux sont les témoignages d’enseignants qui relatent la mise à mal de la laïcité à l’école qui prend parfois la forme d’une simple recherche d’apaisement. Pourtant, pour accompagner les enseignants, le ministère a créé un guide de la laïcité et des fiches pratiques en cas de refus de l’élève de participer à une activité scolaire ou en cas de contestation du savoir délivré. La laïcité est le cœur de la République, garante de notre liberté de conscience et de notre unité nationale. Laïcité, j’écris ton nom, aurait pu dire Paul Eluard. 

Retour sur ce principe plus que centenaire aux acceptions polymorphes.

Mot pour mot 

Laïc vient du latin ecclésiastique laïcus qui signifie « commun au peuple ». Il est lui-même emprunté du grec laikos, « non-clerc », dérivé de laos, lequel, employé́ au pluriel, désigne de simples soldats et citoyens. Ainsi, la laïcité́ consiste à respecter pleinement la liberté́ de penser de chacun et à s’interdire toute forme d’intolérance, en matière de religion. L’utilisation du mot en français est relativement récente puisqu’elle date de 1880.

Mot à mot 

La sécularisation du sacré est le produit d’une longue et chaotique histoire, qui conduit à la séparation des Églises et de l’État en 1905. Les contours du concept de laïcité́ avaient néanmoins déjà̀ été dessinés lors de la Révolution française. Ils se sont ensuite affinés dans les années 80. Au-delà̀ de la morale, la laïcité́ est un idéal : la liberté́ absolue des consciences.

Le fin mot de l’histoire 

Et la tolérance dans tout cela ? Le principe de tolérance s’est développé́ à la fin du XVIIe siècle notamment grâce à Voltaire (Traité sur la tolérance) ou Locke, au moment de la répression des protestants suite à l’Édit de Nantes.

La tolérance repose sur l’idée du libre examen en vue de la recherche de la vérité́. Dans les États démocratiques, elle tend à être remplacée par le droit. Cela étant, tout est une question de curseur, où s’arrête la tolérance ? Est-ce que la liberté́ d’expression doit tout tolérer ? La tolérance n’est pas neutre, puisqu’elle est relative à des principes, à des valeurs. Or, aujourd’hui c’est de redéfinir ces valeurs dont nous avons besoin.

Dans l’entreprise, les syndicats se sont battus pour décrocher les crucifix. Or, aujourd’hui, en encourageant les collaborateurs à être eux-mêmes, on les a incités à exprimer leur croyance alors que l’entreprise n’est pas à même de les accueillir, elle doit se concentrer uniquement sur le travail.  On note également une certaine hypocrisie dans la façon dont on traite la laïcité. D’un côté, vendre un hijab pour courir est acceptable et accepté sur internet ou dans les magasins communautaires mais refusé dans une boutique traditionnelle. On accepte de manger de la viande hallal dans un kebab mais pas dans un burger ! Le communautarisme semble avoir de beaux jours devant lui.

Le mot de la fin 

Quant au voile, s’il catalyse les oppositions autour de la laïcité́, de quoi est-il le nom ? Celui que l’on ne voit jamais sur un plateau, celui qui n’est pas porté par ceux qui en parlent le plus, est-ce un vêtement ou une métaphore, comme le dirait Barthes ? Un signe d’appartenance ou un signe de soumission ? Le voile est un choix privé, qui se donne à voir en public, mais il est chargé, en France, d’une dimension sociale, politique, culturelle… Notamment par l’effet de miroir de ceux qui ne le portent pas. Il serait intéressant de faire basculer le débat, en inversant notre système de pensée, à savoir : n’est-ce pas également communautariste que de rejeter le voile, tous les voiles, au nom de la laïcité́ ? Car c’est bien de cela dont il s’agit, des voiles, au pluriel. Il n’y a pas de voile universel en effet, il y a des voiles, autant qu’il y a de femmes, avec leurs expériences individuelles, leurs vies et leur intimité́. Sans délit d’intention. 

Terminons avec Henri Pena-Ruiz auteur de Qu’est-ce que la laïcité« la laïcité n’est pas de l’ordre d’une option spirituelle particulière, mais constitue une condition de possibilité fondamentale de la vie publique. On ne saurait en conséquence la renégocier sans cesse, notamment au gré des fluctuations du paysage religieux et des rapports de force qui les sous-tendent. »

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