Gilet Jaune

Gilet Jaune

 

Le premier mot

Octobre 2018 : il n’aura fallu que deux éléments aux Gilets jaunes pour « allumer » l’actualité. Un témoignage viral d’un Français protestant contre la hausse des prix du carburant, combiné à l’idée d’un autre d’afficher son gilet de haute visibilité comme signe de soutien à cette lutte, et c’est la traînée de poudre… Le début d’un mouvement de colère à l’ampleur aussi phénoménale qu’inattendue.

2019, le terme ne disparaît pas. Loin de là… La contestation rurale et périurbaine continue son onde de choc, divisant, dans son sillage, l’opinion et la classe politique.

Mais de quoi ce gilet fluorescent est-il le nom ?

Mot pour mot

Le terme gilet vient de l’espagnol gileco mais également de l’arabe galika et du turc yelek pour désigner un vêtement à manches amples et longues. Utilisé en France au XVIIIe siècle, c’est un vêtement d’homme, court, sans manches et, par extension, un vêtement porté à même la peau : le tricot de peau.

Mot à mot 

Tricot, à l’origine, désignait l’aiguille à tricoter puis l’ouvrage tricoté. Dérivé de la trique, le tricot servait à donner des coups de bâton. Quant aux tricoteuses, devenues historiques lors de la Révolution française, elles assistaient aux séances des assemblées tout en… tricotant, d’où l’expression « une tricoteuse » pour désigner de façon péjorative une femme aux opinions révolutionnaires.

Et le pull-over me direz-vous ? il désignait initialement en anglais la voilette ou le chapeau couvert d’une voilette, le verbe to pull over signifiant « tirer au-dessus ».

Quant au chandail, abréviation de marchand d’ail, son nom était donné aux ouvriers du marché aux légumes des Halles et par métonymie au tricot qu’ils portaient. Nous voilà définitivement rhabillés pour l’hiver !

Le fin mot de l’histoire 

Dis-moi ce que tu portes, je te dirai qui tu combats. Le vêtement en tout temps a été symbole de rébellion, affichage de croyances et de combats. Lors de la Révolution française, les Sans-culottes font leur apparition, pantalon à rayures et bonnet phrygien sont alors de rigueur.

Plus tard, en 1969, se couvrir ou se dévêtir : telle est la question. Les féministes décident d’enlever leur soutien-gorge en signe de rébellion, quant aux étudiants, ils optent, quant à eux, pour le port du jean.

Fin 2013, pour protester contre l’écotaxe, un mouvement porté par les Bretons voit le jour : les Bonnets rouges. Ils sont le symbole d’une bretonnitude revendiquée. Une « mode », qui ne date pas d’hier, puisqu’elle remonte aux années 1670 ! Colbert met alors en place de nouvelles taxes pour financer la guerre contre les Pays-Bas (appelés à cette époque les Provinces-Unies), le geste suscite alors le courroux d’une partie de la population, majoritairement… des Bretons !

Le mot de la fin

« C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien mais ça peut vous sauver la vie. » C’est par ce slogan caustique que la campagne de sensibilisation en faveur du gilet jaune a été portée en 2008. La phrase est prononcée par Karl Lagerfeld, égérie d’un jour de la sécurité routière. Sacrée ironie que ce parangon du chic ait revêtu le vêtement qui deviendra, dix ans plus tard, un symbole de contestation populaire…

Et la transposition historique ne manque pas de sel ! Imaginez Marie-Antoinette portant le bonnet phrygien, par style. Mieux vaut reprendre de la brioche.[1]

[1] La réplique, « Qu’ils mangent de la brioche », trouve son origine dans Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Elle y est prononcée par une « grande princesse » et a été attribuée, à tort, à Marie-Antoinette… Devenue quasiment « culte », nous nous en sommes emparés pour cette boutade, davantage pour le trait d’humour que pour son authenticité historique. Encore des mots, toujours des mots… !

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