Fragile

Fragile

Personne fragile, santé fragile, cet adjectif n’a jamais autant fait parler de lui qu’en période sanitaire complexe. Le Haut Conseil de la santé publique a déterminé précisément les personnes susceptibles de faire partie de cette catégorie. Même si cet adjectif désigne les personnes à protéger du fait de leur santé, la crise sanitaire que nous traversons aura fragilisé socialement bon nombre d’entre nous, au-delà même de la dimension médicale.

Le premier mot 

Le mot fragile vient de l’adjectif latin fragilis qui signifie « cassant, frêle, faible, craquant » lui-même issu du verbe frango qui se traduit par « briser, rompre, anéantir, mettre en pièces ». Il a tout d’abord été utilisé pour désigner quelque chose de peu d’importance, pour prendre petit à petit la signification de « manque de solidité ». L’adjectif s’emploie pour qualifier les personnes de constitution délicate. On peut retrouver également cette notion de constitution fragile quand on utilise l’adjectif précieux, pour qualifier une grossesse à risque et dont on doit prendre soin, mais qui témoigne, ici, d’une situation beaucoup plus positive.

À mots couverts

L’adjectif fragile est apparu en politique dans les années 2000 pour parler des personnes en difficulté ou en situation de précarité. Lors de situations de rupture, cet adjectif témoigne à la fois d’une faiblesse mais aussi d’une incapacité à y faire face. Selon le sociologue A. Villeneuve, la fragilité « correspond à l’exposition à des risques de différentes natures et une faible capacité à [y] faire face, imputable à un défaut de ressources de divers ordres ». Certes le mot est beaucoup plus doux, mais il cache les mêmes douleurs et les mêmes difficultés, les mêmes notions d’exclusion, il est simplement et malheureusement plus facile à entendre. De plus, par opposition, ce mot laisse transparaître que l’on aurait besoin de quelqu’un de solide pour se protéger renvoyant directement à l’État Providence.

Le fin mot de l’histoire

C’est en pleine période de chaos, comme celle que nous sommes en train de vivre, que l’homme et la société tirent le meilleur d’eux-mêmes.

À la différence des résilients qui s’adaptent, les antifragiles utilisent des expériences difficiles pour forger leur robustesse, sans pour autant tenter de tout prévoir. Les personnes résilientes cherchent à demeurer impassibles durant des périodes de stress, se rapprochant ainsi du bouddhisme ou du stoïcisme. C’est donc privilégier, in fine, le statut quo, tout en apprenant à bien le vivre. Les antifragiles se développent et se renforcent de la volatilité et du stress jusqu’à un certain point, se nourrissant dans le désordre et l’incertitude pour devenir meilleurs. Ainsi, personne ne pouvait prévoir cette crise sanitaire mondiale dont les répercussions financières vont être redoutables. Mais celle-ci, sur une échelle de temps historique, pourra être perçue comme une prise de conscience essentielle des enjeux de la mondialisation et d’un monde totalement ouvert.

Certes, l’objectif de l’antifragile n’est pas non plus de survivre aux dépens des autres, en réalisant des opérations financières qui pourraient nuire à autrui. Il laisse toutefois s’exprimer la diversité, l’optionalité et les échecs. Ainsi, l’échec entrepreneurial est une expérience essentielle pour l’antifragile, lui apportant des informations sur ce qu’il ne fallait surtout pas faire.

À l’instar des Anciens, les peuples avaient développé par le passé une notion intuitive de l’antifragilité, que nous, Modernes, avons perdu dans le confort des nouveaux usages et illusions de maîtrise.

Gageons que cette période inédite que nous traversons, révèlera les antifragiles qui sommeillent en nous, nous permettant ainsi de nourrir les beaux espoirs d’un avenir optimiste !

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