Foyer

Foyer

Loin de l’idée familiale, celui au sein duquel on aime se retrouver, c’est désormais le foyer épidémique auquel on fait référence. On suit sa progression chaque soir, comptabilisant les zones à risques qui se multiplient. Appelé également cluster, on le détecte, on le teste et on le neutralise. Focus sur les origines de ce mot…

Le premier mot 

Ce mot vient en effet du latin focariumfocus qui désigne le lieu où l’on fait du feu, l’âtre de la maison. Par analogie, il représente la partie d’un fourneau, d’un appareil de chauffage domestique ou industriel, dans laquelle s’effectue la combustion. Dans un théâtre, le foyer réunit spectateurs et acteurs dans une salle pour se réchauffer. Petit à petit, il prend également le sens de lieu où habite une famille, mais également la famille elle-même.

Avec le sens de feu, il désigne le lieu où l’incendie prend et se développe mais également la source d’un rayonnement, où se concentre la chaleur. Par extension, c’est également le siège principal d’une affection ou d’une lésion, à partir duquel elle se développe.

Mot à mot

Le terme focus a la même origine que le mot foyer dans le domaine optique. Le foyer d’une lentille est le point fixe vers lequel convergent les rayons lumineux. En photographie, il désigne la mise au point de l’appareil photo. Être focus, issu de l’anglais « to be focused » est la reprise d’un anglicisme, selon l’Académie française, quant à l’expression « focus sur… », on peut estimer que ce gros plan relève du domaine de l’optique.

A mots couverts

Dans l’Antiquité grecque et romaine, il existait une déesse du foyer, Hestia et son équivalent latin, Vesta. Fille aînée de Cronos et de Rhéa, elle prononça un serment de virginité qui amèna Zeus à la récompenser en la plaçant au centre du foyer, lui permettant de recevoir des offrandes et d’être considérée comme la plus vénérable des déesses par les mortels.

Si nous avons recours à l’étymologie du terme ἑστία (Hestia), nous observons qu’il s’agit d’un mot lié au foyer et au feu, lequel dérive de la même racine indo-européenne que le latin Vesta ou la racine indienne vas-. Étymologiquement, les noms des deux déesses proviennent de la même racine « brûler ».

Or Hestia est le foyer, alors que Vesta est le feu, les deux déesses ont donc eu des histoires différentes : il s’agit de divinités qui, malgré leur origine étymologique commune, présentent des caractères distincts.

Le fin mot de l’histoire

Il n’est pas rare d’entendre l’expression « Regagner ses pénates » pour exprimer le retour au foyer, à la maison. Les Pénates étaient les divinités domestiques romaines  qui protégeaient la maisonnée. Leur nom découle du latin penus (« garde-manger, provisions »), mais également de penitus (« à l’intérieur »). Elles incarnent la prospérité et la pérennité de la domus. Ces demi-divinités qui protègent le foyer étaient transportées lors des déplacements comme des porte-bonheurs. Selon cette légende, Enée, ancêtre de Rémus et Romulus prit les Pénates de Troie et les emmena dans un temple de Lavinium, ville du Latium, puis à Rome, lorsque la ville fut fondée. Par la suite, chaque famille avait ses propres pénates et les transmettait de père en fils.

Ainsi, entre cluster qui signifie grappe en anglais et foyer, on en oublierait presque l’origine première de foyer, celle du feu chaleureux et de l’âtre accueillant. Mais restons focus, pour endiguer la pandémie !

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