Féminicide

Féminicide

 

Le premier mot 

« Elles s’appellent Caroline, Maureen, Josette, Gaëlle, Ginette, Nelly, Nicole, Hilal, Julie… Et bien d’autres encore, la liste est interminable… » C’est par cette litanie que le président Emmanuel Macron commence son post ce 7 juillet 2019. Meurtrier été. Ces prénoms cités, ce sont en effet ceux de ces femmes, victimes jusqu’à la mort, de violences sexuelles ou sexistes.

Et derrière cette initiative du gouvernement, un hashtag #NeRienLaisserPasser ! En forme de cri du cœur et d’avertissement, face à une situation devenue préoccupante… Car en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les deux jours. Un chiffre en augmentation, et qui devrait battre un triste record en 2019 (au moins 130 victimes selon le ministère de la Justice). Meurtrière année.

Mot pour mot

À l’impensable de cette réalité, s’ajoute l’impensable linguistique. Car féminicide, qui signifie le meurtre d’une femme en raison de sa condition de femme, n’a aucune réalité étymologique. En effet, homicide, qui désigne un meurtre, n’inclut aucune distinction de genre ou de sexe : homo, hominis, signifiant être humain, et caedere, tuer.

Impensable à double titre donc, le mot ne passe également pas sous les fourches caudines du traitement de texte, pas plus que sous celles de la plupart des dictionnaires, ou encore de l’Académie française, refusant chacun l’existence de ce mot. Acte linguistique… ou politique ?

Mot à mot 

La notion, aussi impensable soit-elle, est apparue au début du XXe, puis a été popularisée au début des années 80. Ce sont deux féministes, Jill Radford et Diana Russell, qui l’évoquent dans leur livre Femicide, The Politics of Woman Killing (en français : « L’aspect politique du meurtre des femmes ») publié en 1992.

Le domaine du droit a ensuite dû s’emparer du concept, contraint, face à la réalité, d’exhumer le terme en 2014. Le meurtre d’une femme est alors qualifié de féminicide quand il constitue le point d’aboutissement d’un continuum de violences liées à sa condition.

Le fin mot de l’histoire 

C’est non ! En janvier 2017, le législateur a reconnu le sexisme comme circonstance aggravante d’un crime ou d’un délit, sans pour autant créer de catégorie juridique spécifique, neutralité et universalisme du droit obligent.

Pourtant, face à des meurtres de femmes encore qualifiés de crimes passionnels, des associations militent pour la reconnaissance du féminicide comme « fait de société ».

Finalement, fin août 2019, la procureure en charge d’une affaire évoquera un féminicide pour qualifier un meurtre. L’une des premières fois qu’un représentant du droit s’autorise son utilisation.

Le mot de la fin

Dans la Rome antique, il n’était pas bon être une femme, Plaute dans l’une de ses comédies fera dire à l’un de ses personnages, suite à la mort d’une femme : « C’est bien la première fois qu’elle fait plaisir à son mari. » Au-delà du mot d’esprit, c’est avant tout la traduction d’une société misogyne, où la phallocratie est érigée en parangon de vertu, comme l’indiquent ces mots des magistrats eux-mêmes : « Citoyens, si l’on pouvait vivre sans femmes, nous nous passerions de cet embarras. Mais, puisque la nature a voulu qu’il fût aussi impossible de s’en passer qu’il est désagréable de vivre avec elles, sachons sacrifier les agréments d’une vie si courte aux intérêts de la République, qui doit durer toujours. »

Dans la continuité, le droit romain traite la femme comme un être inférieur, incapable d’autonomie, et sous tutelle masculine permanente. Un droit illimité du mari sur sa femme, y compris celui d’en décider la mort.

C’est au Ier siècle avant notre ère que la femme devient plus libre, pouvant même divorcer après acceptation de son père. Cette évolution ne sera pas du goût de bon nombre d’hommes romains dont Tite-Live : « Souvenez-vous de tous ces règlements qu’ont faits nos ancêtres pour soumettre les femmes à leurs maris… Qu’arrivera-t-il si vous leur rendez la liberté, si vous les laissez jouir des mêmes droits que vous ? Le jour où elles deviendront vos égales, elles vous seront supérieures. » Faisons le vœu que la femme de 2020 devienne l’avenir de l’homme, et avec lui, celui que le féminicide ne veuille plus dire… un moindre mot.

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