Écocide

Écocide

Au mois de juin, la Convention citoyenne pour le climat avait rendu ses 149 propositions parmi lesquelles figurait la reconnaissance de l’écocide. Selon la définition rédigée par la Convention, constitue un écocide “toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires, en connaissance des conséquences qui allaient en résulter”. Cette proposition a rapidement été retoquée par la Ministre de la Justice, Nicole Belloubet, estimant que la protection de l’environnement ne pouvait être érigée en principe supérieur, au-dessus des droits et libertés de chacun. Face à l’urgence climatique à laquelle nous sommes confrontés, ferons-nous marche arrière pour mieux aller de l’avant ?

Le premier mot

Ecocide est un mot valise composé de “Eco” (issu du grec oikos, la maison) et du suffixe “cide”, du latin caedere, tuer. Mais attention ce suffixe peut avoir deux usages et désigner soit un meurtre soit un meurtrier. Ainsi le fratricide peut tout aussi bien le meurtrier que l’acte. L’écocide est donc la destruction de notre maison commune. On voit émerger les mots en -cide dans les moments guerriers, comme au 16e siècle au moment des guerres de religion où les pasteurs protestants étaient assassinés : les pastoricides. L’écocide est un terme fort, qui n’est pas reconnu en droit international, contrairement au génocide, au crime de guerre ou au crime contre l’humanité. 

Mot à mot

Durant la guerre du Viêtnam, le biologiste Arthur W. Galston avait lancé un appel dès 1966 au sujet des risques sur l’environnement et la santé humaine que faisait courir l’opération Ranch Hand de l’armée américaine. Cette pratique visait, en effet, à détruire les forêts dans lesquelles se cachaient les résistants communistes du Viêt-Cong ou Front national de libération du Sud-Vietnam en déversant des millions de litres d’agent orange, un herbicide fortement toxique. En 1970, il dénonce cet « écocide » en cours en employant le terme pour la première fois. Il sera repris deux ans plus tard par le premier ministre suédois lors de la Conférence des Nations Unies pour décrire la guerre du Vietnam. En 1973, Richard Falk, professeur de droit international cherche à faire reconnaître l’écocide en comparant « l’agent orange à un Auschwitz aux valeurs environnementales ». 

Le fin mot de l’histoire

Dans Les Métamorhoses, Ovide met en scène l’impiété, la cruauté et l’avidité avec le mythe d’Erysichton. L’auteur joue avec l’onomastique en faisant entendre le crime du personnage dans son nom même : Erysichthon signifie en effet « qui fend la terre ». La violence qui est faite contre la nature dans ce texte révèle un mythe écologique, mettant en scène la violence de l’homme. Dans l’Antiquité, c’est davantage un problème moral qu’environnemental qui est décrit ici et pour les Anciens, Erysichthon ne met pas la planète en danger même s’il provoque une famine. Néanmoins, ce mythe posait déjà la question de la façon dont l’homme vit avec la nature. En tuant l’arbre sacré de Cérès, l’homme provoque sa propre fin. Ce texte pose les fondements de l’écocide sous une forme allégorique.

Le terme polluer a définitivement laissé place à l’écocide afin de traduire plus fortement la destruction de la nature. Là où la pollution prend le sens de salissure ou de profanation, le terme écocide va plus loin. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » disait déjà Jacques Chirac en 2002 lors du IVème sommet de la Terre. L’Homo Sapiens Sapiens, celui qui sait qu’il sait, semble être devenu celui qui sait mais choisit le déni…

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