Don

Don

Le premier mot

15 avril. Journée de catastrophe mondiale. Les flammes dévorent Notre-Dame de Paris. En quelques heures seulement, l’un de nos plus ancestraux joyaux est ravagé. Sidération, incrédulité, colère… Les sentiments sont mêlés, et leur force, à la mesure de la gravité de l’événement.

« Notre Drame » titre Libération. Une émotion collective qui entraîne, dans son sillage, l’envie partagée de donner pour re-construire, afin de co-construire l’après. Anonymes de tous les pays, personnalités, grands groupes, une vague de mobilisation vient déferler, comme pour inonder de sa solidarité les vestiges d’un monument consumé. En tout, près d’1 milliard d’euros est promis, quelques mois plus tard, 800 millions ont déjà été concrétisés.

De l’argent, jusqu’à l’écœurement diront certains. Peu importe. L’évènement aura montré qu’à rebours de tous les sondages révélant le manque de générosité des Français, le don a bel et bien fait son come-back.

Mot pour mot / ou D’un mot

Don est issu du latin donum qui signifie littéralement « action de donner » et par métonymie présent ou offrande. Par exemple, on trouve le terme donum dans des textes latins où il prend la signification de derniers devoirs lors de funérailles.

Avec le temps il passe d’une signification concrète à une signification abstraite. Ultérieurement il prendra le sens de capacité innée au sens de doué.

À mots couverts / ou Mot à mot

Le verbe dare en latin a donné une multitude de mots français mais également anglais. On y retrouve pêle-mêle la date issue du latin médiéval data littera « lettre donnée ».

Il a également donné naissance à dot, à dotation mais également au verbe douer. Avec le préfixe per, la notion de « par-don » est introduite (« faire remise », « pardonner une offense »).

Le fin mot de l’histoire 

Alors, le don est-il un acte altruiste ? Certains cyniques laissent à penser que le don est finalement proche de l’échange, alors même que l’opinion commune l’estime désintéressé. Le sociologue français Marcel Mauss (1872-1950) voit dans le don une triple obligation : celle de donner, celle de recevoir et celle de rendre. Un don, indirectement, attend généralement un retour, créant une dette vis-à-vis du donneur, même inconsciemment. On s’achète une place au paradis, on se donne bonne conscience, le don permet de cultiver une image généreuse. Si, de plus, en échange d’un don, on bénéficie d’une exonération d’impôts, il n’y a qu’un pas pour douter de la sincérité des donateurs. Faut-il pour autant qualifier les donateurs de Notre- Dame d’intéressés ou pouvons-nous encore croire en leur pure générosité ?

Un dernier mot… / ou Le mot pour rire / ou Le mot de la fin 

Plus éloigné du don tel qu’on le conçoit, nous trouvons le mot data reposant sur la même étymologie. Ce terme vient de datum, la date qui a également donné, pour le plus grand plaisir des automobilistes, l’horodateur. Au pluriel, les data – qui ne sont pas toujours big – ne prennent pas de « S », héritage du neutre latin.

Le terme big data est apparu pour la première fois en 1997 dans un article publié par deux chercheurs de la Nasa, Michael Cox, et David Ellsworth. Ils mettaient déjà en lumière la difficulté de traiter un grand nombre de données. Ainsi, sous couvert de digitalisation, d’innovation et de disruption, on en revient toujours aux origines. Reste désormais à choisir son camp, big ou smart ?

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