Courage

Courage

Entre couvre-feu, reconfinement, vie sociale et culturelle réduites, il va nous falloir du courage pour passer l’épreuve de la pandémie. Pour tenir face à un avenir incertain, vous sentez-vous l’âme d’un guerrier tel le valeureux Achille, l’incarnation du tragique, telle Antigone, celle qui dit non ou la résignation infinie, tel le chevalier de Kierkegaard ? Nous pouvons également prendre des exemples plus récents tels Samuel Paty, mort pour la liberté d’expression, ou Elena Milachina, journaliste dénonçant la corruption du gouvernement Poutine. Alors, « « même pas peur ou « faut tenir bon » existe-t-il un camp pour le courage ?

Le premier mot

Le mot courage vient de cuer qui signifie le cœur. Jusqu’au XVIIè siècle, on employait les deux mots de façon indistincte. Cor-cordis en latin renvoie aux émotions, à l’intelligence et à la volonté, ces éléments déclencheurs du courage. La force est la toute première vertu (vertu est un dérivé du latin vis, la force). Dans l’Antiquité, c’est être capable de se battre, sans craindre la défaite, ni la mort, le courage se rapproche ainsi de la virilité. La virilité constitue donc le « nerf » du courage héroïque qui s’impose comme modèle. Selon Platon le cœur, qui occupe une place intermédiaire entre la tête, la raison et le ventre, est le lieu du courage. Entre la couardise et la témérité, le courage articule la capacité de raisonner et celle de désirer. 

 Mot à mot

Y aller ou pas ? Aurions-nous le courage d’intervenir face à une situation qui le nécessite ?  Nous pouvons tout aussi bien admirer le héros qui se lance et qui s’interpose que celui qui réfléchit et temporise. Il n’y a de courage que s’il y a prise de conscience de la peur. Le courage ne peut être une mise en danger puisque c’est une défense de la vie. Les kamikazes ne peuvent pas être considérés comme courageux puisqu’ils agissent sous la pulsion, dans la recherche de la mort. Le courage se distingue de la témérité qui n’est après tout que “foncer sans réfléchir” sans pour autant tomber dans la lâcheté ou la poltronnerie. Le poltron nous rappelle que sous l’Empire romain, les appelés se coupaient le pouce pol(lex) trun(cus) pour échapper au service militaire. Une autre origine plus sérieuse nous ramène à l’italien poltrone qui signifie peureux, vil, dérivé de poltro, le poulain non dompté. Mais, c’est en Allemagne qu’il faut aller chercher la véritable origine du mot « poltron » « Polster » qui veut dire « matelas » ou « coussin » aurait donné « boldrone » en italien. Le poltron ferait donc preuve de mollesse pouvant amener à la trouillardise. 

Le fin mot de l’histoire

Le courage a-t-il un sexe ? Si l’on se réfère à l’Antiquité, oui, être courageux revient finalement vulgairement à « avoir une paire de couilles ». Même si Antigone existe, c’est Achille ou Ulysse qui représentent les figures du courage. Archétypes guerriers, ils se battent pour leur patrie et la gloire. Avec la Première Guerre Mondiale, la femme joue un nouveau rôle en dépassant le cadre du foyer pour devenir un maillon clé de l’économie. La société devenant de moins en moins patriarcale, les femmes prennent leur place. Ces infirmières qui n’ont pas compté leurs heures pendant le confinement, ce sont elles qui ont été mises à l’honneur chaque soir à nos fenêtres. Le confinement a ainsi permis de revaloriser ces soldats de l’ombre que l’on ne voyait plus, qu’elles soient caissières, aides-soignantes ou infirmières. Le courage ordinaire, le courage du quotidien ne se décide pas. C’est le fruit d’un contexte, d’une confiance en soi, d’une limite dépassée. Dans une société qui se cherche, nous avons besoin de nouveaux héros, de modèles inspirants. Si le courage mène à l’héroïsme, le manque de courage mène au cynisme.

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