Confinement / Déconfinement

Confinement / Déconfinement

17 mars, c’est la déconfiture, nous nous sommes tous retrouvés confinés. Entre nouvelle organisation familiale, distanciation sociale et nouvelle appréhension du temps, le quotidien des Français s’est totalement transformé. Sept semaines plus tard est venu le temps du déconfinement, avec son lot d’angoisses et d’incertitudes face aux risques… Une libération en demi-teinte.

Le premier mot 

Face à la propagation du virus et à la panique ambiante, un seul mot d’ordre : confinement. Ce mot trouve son origine dans le verbe confinnere, sens ancien de « enfermer » mais également de confinis qui signifie « voisin » et confinium, « limite commune à des territoires ». Le confinement traduit ainsi l’idée d’enfermement, d’emprisonnement mais aussi d’isolement dans le cadre d’une captivité. Cette crise nous enlève la perception de l’horizon – pas de confins – et nous oblige à nous poser des questions liées à la finalité de notre vie. Le confinement nous amène à penser autrement notre vie d’après ainsi qu’au sens que nous souhaitons lui donner.

Mot à mot

Au Moyen-Âge, le mot confinement se rapprochait de l’idée de punition, de prison. Il s’employait au XVIIe ou XVIIIe siècle dans les romans, pour qualifier la vie monastique. Dans les langues latines, on retrouve la même racine confinis, alors que l’anglais a choisi lockdown qui se traduit par « isolement, fermeture, blocage d’urgence ». Par exemple, aux Etats-Unis, cette expression est souvent utilisée pour parler des détenus, rendant encore plus expressive la charge qui pèse face à une telle décision.

Confinement est longtemps resté d’emploi rare, à peine répertorié, et le voilà qui regagne du terrain au XIXe siècle, pour devenir un terme du droit pénal, sous l’influence de l’anglo-américain où le « solitary confinement » est une peine d’isolement.

A mots couverts

Nous sommes devenus des Hikikomoris, ces Japonais qui s’enferment chez eux, n’en bougent plus et sont en lien avec le monde entier, via les réseaux sociaux. Nous vivons dans une bulle totalement aseptisée, sans lien social, avec pour seule fenêtre sur le monde extérieur : le digital. On est de plus en plus seul, mais ensemble, comme le résume l’anthropologue américaine Sherry Turkle (Seuls ensemble, 2015). Pour qu’il y ait communication, il faut qu’il y ait un visage, un corps, une voix. Nous ne sommes plus désormais que des voix téléphoniques ou des êtres troncs, lors de nos visioconférences, devant notre ordinateur, plus de face à face, si ce n’est pas écrans interposés. De plus, le confinement nous a obligés à repenser le temps avec l’espace. Non seulement nous avons dû réguler nos tâches, afin de donner un rythme à nos journées, mais nous avons dû le faire dans un espace réduit, deux contraintes subites et subies. Nous avons vécu, assignés à résidence.

Le fin mot de l’histoire

Dans ce contexte, le français a créé le néologisme « déconfinement », employé, pour la première fois depuis de nombreuses années, par Édouard Philippe le 1er avril 2020. Le préfixe « dé », donnant cette idée de suppression, de terme, donné au confinement. On trouvait en effet, au XVIIème l’exemple de « déconfiner les ennemis », c’est-à-dire les repousser au-delà des frontières. Le mot avait été oublié, il y a encore quelques semaines et risque désormais de faire une entrée fracassante dans le prochain dictionnaire.

Ainsi, au même titre que nous décongelons ce qui a été congelé, nous nous déconfinons tous le 11 mai, post-confinement. En espérant que cette liberté retrouvée, ne nous engagera pas dans les mois à venir sur un terrain sanitaire miné.

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