Authenticité

Authenticité

Et s’il n’y avait qu’un mot, celui que l’on souhaiterait voir à l’œuvre dans les prochains mois, ce serait authenticité. Manque de sincérité, recherche de transparence, absence de confiance, l’année 2019 semble basculer vers un ras-le-bol de faux-semblants. Le temps des masques et de la superficialité ne peut plus être, le temps des filtres Instagram qui travestissent ne doit plus être. Revenons à l’essence même de ce que nous sommes.

Définie dans le dictionnaire Le Robert comme celle : « qui exprime une vérité profonde de l’individu et non des habitudes superficielles, des conventions », l’authenticité, du bas latin authenticus, signifie « original et bien attribué », mais également « acte juridique qui peut faire foi ». Quant au grec tardif authentikos, il signifie : « dont le pouvoir, l’autorité est inattaquable ». Au Moyen Âge, il s’applique aux personnes dont l’autorité est reconnue puis aux choses indiscutables. Alors que dans le sens ancien, on met l’accent sur l’aspect formel de la situation, le sens contemporain désigne davantage une qualité intérieure. On retrouve d’ailleurs dans Les Faux-monnayeurs d’André Gide, ces notions de tricherie et d’hypocrisie face à une authenticité difficilement atteignable : « Je crois […] que les sentiments authentiques sont extrêmement rares et que l’immense majorité des êtres humains se contentent de sentiments de convention, qu’ils s’imaginent réellement éprouver, mais qu’ils adoptent sans songer un instant à mettre en doute leur authenticité. » Au XXe siècle, le mot authenticité a donc remplacé le mot vertu, longtemps au cœur de la morale occidentale, et ce, depuis Socrate.

L’authenticité est aujourd’hui menacée, c’est pour cela qu’elle en devient plus précieuse. Menacée par les processus rationnels mais également par la prolifération des opinions et des images. Si on a fait de l’authenticité une valeur dominante, c’est parce qu’elle n’a jamais été aussi malmenée. Mise en péril d’une part par l’importance croissante des processus conscients et rationnels, elle l’est, d’autre part, par la prolifération des opinions et des images. Nous ne sommes pas faits pour avoir l’embarras du choix. C’est par l’effet de la liberté que l’authenticité s’amenuise. La liberté, telle que nous la concevons, est en effet un processus conscient, s’exerçant devant un éventail aussi large que possible d’opinions et d’images. Les états affectifs naturels s’épuisent, quasi déshumanisés, devenant comme « truqués » par le monde qui nous entoure.

Il faut être libre pour être authentique : libre dans ses opinions, libre dans ses choix, non impactés par les sur-sollicitations ambiantes qui affaiblissent notre jugement. Et si finalement le retour à l’authentique, tel que nous l’imaginons, passait par la simplicité, cette résonance avec soi laissant libre cours à ses sens, son intuition, ses émotions et son imagination ?

À défaut d’être totalement authentique, faisons le vœu, plus modeste, mais sans nul doute plus réaliste, de l’être simplement davantage ces prochaines années. Sans affichage, généralement factice, sans promesse, rarement suivie d’actes, mais avec cohérence et sincérité. L’alignement entre nos valeurs et les actions que nous sommes amenés à accomplir au quotidien, c’est ce à quoi nous pouvons aspirer. Face à une société qui évolue, il est urgent de prendre le temps de revenir à ce que nous sommes.

« Si on veut être efficace, il vaut mieux avoir un ordinateur, si on veut être authentique, il vaut mieux écrire et penser avec la main. »

Boris Cyrulnik