Acte

Acte

UBGM – filaire

Le premier mot

La tragédie classique nous avait habitués à le concevoir par cinq, l’actualité récente nous en a proposés 52 !

Il s’agit des actes bien sûr. Égrenés au fil des week-ends de l’hiver 2019, les actes de protestation des Gilets jaunes sont devenus les symboles d’actions fortes, de rendez-vous en forme de coups de poing, pour crier sa colère face à un ras-le-bol initialement fiscal, et devenu ensuite général.

Une posture dramatique, en forme de tragédie au fond. La boucle est bouclée ? À un détail près : nul acte final dans cette pièce sans dénouement, seulement un grand débat, ouvrant le début d’une scène en forme d’apothéose, celle du dialogue.

Mais revenons à nos moutons…

Mot pour mot

C’est un emprunt au latin actum et son verbe agere, qui donnera naissance au mot acte. Au pluriel, il prend une dimension juridique, devenant en latin médiéval l’équivalent de charte. Le radical act- a donné actor c’est-à-dire, ce qui produit.

Par l’intermédiaire de actus, on aura plus tard le mot actualités. Quant au verbe agere, il se traduit littéralement par « pousser devant soi », verbe d’action propre à une civilisation de pasteurs amenée à conduire les moutons. (D’une manière ou d’une autre, nous sommes donc bien revenus à nos chères brebis.)

Le fin mot de l’histoire

Inconnue des Grecs, dont la tragédie, jouée sans interruption, comprenait entre deux et six épisodes, la division en cinq actes fut proposée par Horace et mise en œuvre par Sénèque. Le rôle donné aux actes est ainsi de cadencer, rythmer le moment central, afin de favoriser les péripéties.

Outre cette division fonctionnelle du théâtre classique, on découpe également, à partir du début du XVIIe siècle, les actes en scènes. Au commencement, il y a autant de scènes que d’actes, puis, à partir de 1660, une règle plus mécanique apparaît : autant de scènes que de personnages qui entrent ou qui sortent.

Quant à leur description, les protagonistes de la tragédie classique doivent être admirables physiquement, socialement et moralement…

Alors, si le mouvement des Gilets jaunes s’est emparé de ce repère classique, afin de rythmer les actions réalisées, le temps du héros racinien et de la mise en scène tragique demeure, quant à lui, assez lointain.

Le mot de la fin

Et l’entracte ? Ce terme désigne l’intermède, une composition légère jouée entre deux actes d’une pièce. C’est ce qui donnera naissance aux comédies-ballets de Molière.

De même, dans le théâtre classique, les règles de bienséance interdisaient que l’on montre des scènes de violence ou de crime. Celles-ci pouvaient donc être rapportées lors de l’entracte ou au début de l’acte suivant.

Si les entractes musicaux pouvaient servir aux changements de costume ou au remplacement des chandelles, leur but était également de « reposer l’esprit du spectateur » et de le laisser « dans l’attente de quelque grand événement », comme le rappelle encore Joseph de La Porte dans l’article « Entr’acte » de son Dictionnaire dramatique (1776).

Mais point d’entracte dans la comédie humaine contemporaine… Que de l’action.

Le temps n’est-il pas venu de mettre sur pause ? Dont acte.

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